Épisode 13 – Le Haut Karabagh


Un départ difficile

En partant de Garni, nous décidons de suivre le GPS qui nous propose de couper pour éviter de traverser la capitale. Nous n’aurions pas dû !

La pire route que nous ayons prise (pour l’instant)

Un conflit tout proche

Nous projetons donc de nous rendre dans la jeune République d’Artsakh, en théorie indépendante, mais qui doit sa survie à la protection militaire de l’Arménie. En effet, les « accrochages » sont nombreux, et les militaires arméniens et azéris échangent régulièrement des tirs d’armes automatiques, voire de mortier sur ce qu’ils appellent la « ligne de contact », que nous prendrons donc bien soin d’éviter.

De nombreux monuments commérent les différentes guerres du Karabagh

Le conflit territorial entre l’Azerbaïdjan et la République d’Artsakh est gelé, mais les derniers incidents sérieux remontent seulement à Avril 2016 : il s’agit de la « Guerre des 4 jours » au cours de laquelle les forces azéris tentent d’entrer dans le territoire du Karabagh. Avec plus de 20.000 soldats de chaque coté de la frontière ainsi que des tanks, des hélicos et des pièces d’artillerie, cette mini-guerre fera quand même pas loin de 300 morts, au portes de l’Europe, il y a tout juste 2 ans, et personne n’en a rien su…

Des épaves de véhicules militaires rouillent le long des routes

Nous prenons donc la route de cet étrange Etat non reconnu par la communauté internationale. La route longe le lac Sevan, puis grimpe encore dans les montagnes, les villages se font rares, la température baisse. Ici, l’hiver est proche !

Derrière ces montagnes, se cache la jeune République d’Artsakh

Nous arrivons à ce qui se veut être le poste frontière : une triste guérite sur le bord de la route où il faut montrer son visa. Pas de barrière, rien de très solide, juste deux pauvres bougres dans une cabane. Si le pays n’a pas vraiment les moyens d’être pris au sérieux, il s’en donne quand même la peine.

Pour mieux comprendre ! (Source : Wikipédia)

La route est neuve, des panneaux nous informent qu’elle a été financée par l’importante diaspora arménienne à travers le monde.

Nous nous arrêtons au bord d’une rivière pour aller voir un vieux monastère victime du temps ou de la guerre, on ne sait pas trop. Quoi qu’il en soit, ces ruines relèvent plus du tas de cailloux que du site historique…

Des monastères, toujours des monastères

Nous allons ensuite au Monastère de Dadivank, qui est plutôt pas mal, mais à force d’en voir, on finit par être plutôt blasés, ce qui est dommage ! Quoi qu’il en soit, ce très beau monastère est en restauration quand nous le visitons, et nous ne pouvons donc pas en saisir toute la beauté… Cela dit, c’est quand même beau !

L’intérieur est tapissé d’inscriptions anciennes
Le cloître menant du monastère à l’église

Le temps est maussade, il fait froid et humide. Nous longeons la très boueuse rivière Tartar, et nous montons en haut d’une montagne, jusqu’au Monastère de Gandzasar. Nous arrivons à la nuit tombée et sous une pluie battante. Nous profitons de ce temps affreux pour visiter le musée attenant, renfermant une très belle collection de parchemins et manuscrits anciens en tous genre, mais surtout religieux : un Matenadaran.

Après une nuit froide et humide, nous nous réveillons avec un grand soleil qui nous permet d’appercevoir les sommets alentours fraichement enneigés. C’est beau, mais ça caille !

La cour du monastère avec en fond les montagnes Azéries

Quand c’est pas un monastère, c’est une…

Forteresse ! Evidemment ! Nous allons voir la forteresse d’Askeran, qui paraît-il vaut le coup d’oeil, et vu que ça change des églises, nous y allons gaiement ! 

Et pour y aller, nous passons devant l’aéroport international tout neuf mais désert de Stepanekert. En effet, les Azéris ont menacé d’abattre tout avion civil ou militaire qui s’y poserait. Il n’a donc jamais ouvert ses pistes… Plutôt bizarre !

La forteresse d’Askeran

En guise de forteresse, nous trouvons un grand mur d’enceinte tellement renové qu’il à l’air neuf, et donc sans aucun charme.

De retour au camion, nous sommes attendus par 2 types habillés plutôt classe par rapport aux gens du coin : jeans, baskets, blouson en cuir, lunettes de soleil de marque et surtout une grosse BMW est garée à côté de nous. Ces 2 étranges messieurs parlent un anglais impeccable et sont très courtois lorsqu’ils nous disent qu’ils sont de la police et veulent voir nos passeports. Nous leurs donnons, ils les prennent en photo avec leurs portables de marque et nous disent de ne surtout pas approcher la ligne de « contact » à 10 kms seulement à l’est. Ils nous souhaitent bon voyage et repartent. Nous ne sauront jamais qui étaient ces types, mais certainement pas des policiers du Karabagh ou Arméniens. D’après ce que nous avons pu lire, les Azéris ont des agents au Karabagh qui traquent les touristes qui visitent le pays pour établir une blacklist. Toute personne se présentant en Azerbaïdjan avec un Visa d’Artsakh se vera refuser l’entrée, et tous ceux ayant visité le pays sont passibles de poursuites… 

Des cicatrices bien visibles

Le prochain monument que nous souhaitons voir est le Château de Tigranekert, il s’agit d’une sorte de forteresse restaurée également à outrance, qui lui donne un aspect factice assez repoussant dont on vous fera grâce !

Le long de la route, nous pouvons appercevoir d’anciens champs de bataille où s’élevaient autrefois des villages aujourd’hui réduits en ruine. La frontière Azérie est toute proche, les postes de police et les checkpoints sont plus nombreux. Ici, la guerre est encore bien présente.

Une carcasse de véhicule militaire, au fond l’Azerbaïdjan

Un problème de régime

En repartant de ce merveilleux Château, le Vito est essouflé, il fait un bruit de dingue et n’a plus d’accélération ! Bref, il nous refait le coup de la panne turque !

On espère que ça va passer et on continue notre chemin en direction de Stepanekert, la capitale. Nous y arrivons sans trop de problème mais assez inquiets. Aux abords de la ville, se dresse le monument national, présent sur le blason du pays : « Nous sommes nos montagnes. » Il s’agit d’une sculpture représentant la tête d’un homme et d’une femme en costume traditionnel et dont on ne voit pas le reste du corps pour symboliser l’enracinement du peuple d’Artsakh dans ses terres.

« Nous sommes nos montagnes »

On redémarre, et là, le voyant moteur est allumé et confirme nos soupçons : quelque chose cloche ! De plus, le système s’est mis en sécurité et bride le régime moteur, ce qui fait que nous dépassont à peine les 50 km/h sur du plat et nous arrivons presque à faire une pointe à 20km/h en côte. 

C’est le drame.

Nous avons rendez-vous avec notre passeur dans une semaine pile à la frontière Iranienne, nous sommes dans un pays presque virtuel, à plus de 300 kms de Yerevan, sans aucune assitance ni même assurance ! Bref, c’est la m**** ! 

Nous allons donc dans le premier garage que nous trouvons. Personne ici ne parle anglais. C’est arménien ou russe, rien de plus. Nous parvenons quand même à nous faire comprendre, vidéos à l’appui. Le premier garagiste nous emmène chez un second, qui malgré l’apparence un peu miteuse de son garage, possède une « valise » russe capable de lire les codes d’erreur. Après plusieurs heures de palabres, de tentatives et d’hypothèses (dont un nouveau nettoyage en règle de la vanne EGR), il ne reste plus qu’un code d’erreur, plus qu’un seul problème, mais il est de taille ! 

Un capteur d’entrée d’air est mort. Tant qu’il ne sera pas remplacé, le moteur sera bridé. Notre nouvel ami passe quelques coups de fils, et la mauvaise nouvelle tombe : il faut retourner en Géorgie, à Tbilissi pour espérer avoir la pièce ! 492 kms… 
Nous refusons ce triste constat et décidons de plier bagage immédiatement et de retourner sur Yerevan pour essayer de régler le problème. Notre bienfaiteur n’ayant pas voulu d’argent pour sa précieuse aide, nous avons donc du cacher une boite de loukoums et quelques billets dans son échoppe crasseuse mais accueillante.

Avec un moteur bridé qui n’atteint pas les 30 km/h en montée, les 325 kms de route de montagne qui nous séparent de Yerevan s’annoncent bien longs… Nous n’avons malgré tout pas le choix. Nous arrivons en haut du col de nuit, par -4° avec un moteur dont on s’attend à ce qu’il explose à tout moment…

Il fait froid, on n’avance pas, l’Iran s’annonce compromis…

Ce voyage au ralenti jusqu’à la capitale arménienne nous aura pris 2 jours. Rassurés sur l’état du moteur qui ne risque finalement pas d’exploser, mais qui refuse toujours de tourner normalement, nous en profitons pour flâner à nouveau sur les berges du lac Sevan. En plus c’est Dimanche, tout est fermé…

L’inquiètude est au rendez-vous…
Depuis notre premier passage la neige à fait son apparition
Un Wagon-Lit abandonné…

Nous arrivons dans un bled où nous réussissons à trouver du wifi pour prévenir Hossein que nous aurons sans doute plusieurs jours (semaines ?) de retard. Il nous rassure en nous disant que ce n’est pas grave et nous devrons le recontacter quand nous en saurons plus. Nous arrivons enfin devant le garage Mercedes de Yerevan le Dimanche soir, après 2 jours de route interminable à se faire doubler par les camions et les tracteurs…

Nous passons la nuit devant le garage, attendant patiemment l’ouverture le lendemain matin. Après une longue attente et de nouveaux diagnostics, les résultats tombent, et viennent confirmer ceux de notre mécano de Stépanekert : il faut changer cette foutue pièce. Malheureseument, ils ne l’ont pas mais oui ils peuvent l’avoir et dans « seulement » une semaine…

Un de nos meilleurs spots dodo !

On retourne donc au camping qui est encore ouvert contre toute attente ! On vous la fait courte, mais pendant cette semaine, on n’aura pas fait grand chose, nous aurons poursuivi un jeune poussin fugueur, pas mal joué à 7 wonders, regardé un tas de film, et surtout mangé, aussi beaucoup bu (surtout à l’anniversaire d’une amie arménienne de Sandra, la géniale patronne du camping) bref, rien de passionant !

Après un énième retour à Erevan, le garage nous informe qu’il faudra compter 2 à 3 semaines de plus. Nous sommes effondrés. Voyant nos têtes de chiens battus, l’équipe du garage se mobilise, passe quelques coups de fil et nous annonce comme si de rien n’était que tout sera réparé d’ici 2 heures !

On n’y croit guère, mais 2 heures plus tard et après des essais très vifs en plein centre ville : miracle ! Tout fonctionne !

Un pays surprenant

Pendant ces quelques jours d’attente forcée, nous avons relevé quelques concepts à importer !

On the road again !

Avec un moteur en pleine possession de ses moyens et des passagers lassés de tourner en rond à Yerevan, nous décidons de partir aussitôt pour rejoindre la frontière Iranienne, en planifiant toutefois quelques haltes culturelles et naturelles sur notre trajet !

Les routes du sud sont plutôt agréables, les paysages sont désertiques, nous sommes en altitude et nous passons plusieurs fois au dessous et au dessus de la mer de nuages, à part des troupeaux, nous ne croisons personne.

La première sera une cascade trouvée sur maps.me, la « Shaki waterfall », nous y allons heureux de voir autre chose que des églises, et la déception sera à la hauteur de nos attentes et des efforts pour y accèder par une route pourrie : là bas nous trouvons un mince filet d’eau coulant mollement d’une falaise ridicule pour finir dans un étang sale et jonché de détritus dans lequel se battent des chiens errants faméliques. G-E-N-I-A-L !!!

La merveilleuse cascade !

Après cet échec cuisant, nous nous rendons au site préhistorique et mystérieux de Zorats Karer. Il s’agit d’une sorte de Stonehenge Arménien. Des cercles de pierres plantées dans un champ dessinent des formes géométriques étranges. Mystérieux car personne ne sait vraiment quand cela a été edifié, ni même à quoi ça peut bien servir. Un panneau d’informations à l’entrée du site demande même à d’éventuels chercheurs de bien vouloir se pencher sur ce mystère !

Bon, forcément, en photo ça rend pas terrible !

Prochaine halte : le monastère de Tatev ! (oui, encore un monastère…) En bord de falaise, parfaitement restauré, le site est impressionant, notamment la résidence de l’évèque : vaste maison en pierre en bordure du précipice. Pour accèder à Tatev, un téléphérique tout neuf et extrèmement long a été construit. Quand nous avons pris la route (ou plutôt la piste) pour rejoindre le monastère, nous avons compris pourquoi ! Un vrai calvaire ! Mais nous n’étions pas au bout de nos surprises…

L’église de Khor Virap
Le moulin
L’ensemble monastique de Khor Virap

Nous repartons de Tatev par la seule route possible à moins de revenir sur nos pas au prix d’un énorme détour. Aujourd’hui nous aurions fait ce détour sans hésiter… La route devient vite une piste en glaise, imbibée d’eau, parfois des rochers pointus émergent de l’eau et nous descendons une pente si raide que tout retour en arrière est désormais impossible. Il nous reste plus de 40 kilomètres à faire sur ce sentier avant de rattraper ce qui semble être une meilleure route… Nous risquons de nous embourber à tout moment, et nous avons rendez-vous le lendemain matin pour passer la frontière !

Une des meilleures parties de la route !
Un régal !

Après plus de 2h30 de pilotage intensif en terrain hostile et sans avoir croisé qui que ce soit, nous rejoignons enfin la civilisation et son bitume tant apprecié ! Lassé de ce pays merveilleux mais éprouvant en terme de conduite, nous filons droit jusqu’à la frontière, fatigués et usés par cette journée qui a failli finir en pleine forêt. Nous dormons sur le parking d’un petit hôpital à seulement quelques centaines de mètres de la frontière Iranienne. 

Si tout va bien, demain nous la franchirons enfin !

Bari Guicher (bonne nuit), et à bientôt en Iran !
Catégories :Artsakh

3 commentaires

  1. …Ce billet donne des frissons de part les premières photos et parce qu’à chaque ligne on a peur de ce qui va se passer pour vous entre la panne du petit camion et ensuite cette route « de dingue »,quand je vois mes petites routes cabossées que je prends parfois je me dis que c’est vraiment zéro comparé à la vôtre dans cette partie là et j’avoue que quand je vous en vous sortir je suis soulagée..mais toujours inquiète de l’Iran!
    les chiens sont là bas bien mal lotis..
    Des bises en ce 15 décembre polaire mais bleu!

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    • Bonjour ! Quelle plaisir de découvrir sur chaque article tes impressions ! Rassures-toi, nous sommes à chaque fois très bien sortis de nos épopées ! En effet les chiens ne sont pas très bien traités dans de nombreux pays… Toi qui aimes et protèges les animaux, tu serais bien triste de constater leur misère… J’espère que vous êtes d’ailleurs tous bien au chaud ! À bientôt !

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      • Merci belle Lola de ces gentils mots…Pour moi c’est un bonheur de découvrir votre voyage et d’apprendre beaucoup sur les pays que vous traversez,mais il est vrai que chaque fois j’ai un petit frisson quand il vous arrive une mésaventure mais chaque fois vous vous sortez admirablement et sans trop de stress de vos épopées! Oui je crois que serais bien en peine de la misère animale et que je ramènerai tous..les chats et chiens!!!!
        Oui nous sommes aux chaud mes compagnons et moi dans un petit nid tout simple mais sain et chaud au creux de Belledonne que j’aurais plaisir un jour de te faire,e vous faire découvrir.
        Merci Lola…Je retourne sur vos pas!
        Prenez soin de vous deux…

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