Épisode 26 – Derniers jours en Iran


Qom d’habitude !

Nous reprenons la route de retour, en remontant toujours plus vers le nord, et chaque kilomètre nous éloigne un peu plus de la chaleur, du sable et des chameaux… Nous décidons de rejoindre la mer Caspienne, avant de retourner plein ouest, direction la Turquie.

Mais tout d’abord, nous faisons un petit détour sur la route de Téhéran en allant à Qom. Nos avons entendu beaucoup de choses sur cette ville, certains nous ont assuré que le Mausolée de Fatima vaut vraiment le détour, alors que d’autres nous assurent que cette ville n’est qu’un repère d’extrémistes religieux conservateurs et obtus. Il s’agit en effet d’un bastion de Mollah, ces érudits religieux qui sont à l’origine de la révolution islamique. Ici, pas question de se balader le foulard mal mis ou les bras à l’air : l’application de la loi islamique y est rigoureuse nous préviennent les iraniens ainsi que le Lonely.

Nous décidons d’aller vérifier par nous-même !

Qom est célèbre pour abriter les mausolées de Fatima, fille du 7ème Immam, et soeur du très vénéré Imam Reza, le 8ème des 12 imams Chiite. C’est donc le 2ème site de pélerinage Chiite en Iran, juste après Mashad. Il s’agit également du centre d’enseignement religieux et de formation de mollah et d’imams le plus vaste et le plus actif du monde musulman chiite. C’est aussi le berceau de Khomeini, la ville qui l’a vu grandir, faire ses premiers prêches révolutionnaires, et c’est ici qu’il est revenu triomphant de son exil en France après la fuite du Shah…

C’est pour toutes ces raisons que l’accès au complexe du mausolée (38.000 m² tout de même) est très contrôlé, et les « non-musulmans » doivent être escortés par un guide officiel, qui nous explique l’histoire de l’Imam Reza et de sa soeur, ainsi que de l’Islam en général, mais qui veille aussi à nous faire suivre un parcours précis qui évidemment ne nous laisse pas visiter tout le site à loisir…

Notre « guide »

Et bien sûr Lola doit une fois de plus revêtir un magnifique tchador à fleur, qui nous affiche ouvertement comme touristes, s’il y en avait encore besoin…

Le rideau de douche réglementaire !

Le site est immense, on ne compte plus les dômes, les minarets, les salles de prières, les restaurants… Tous les dômes sont recouverts d’or pur, ainsi que de nombreux éléments de décoration. Notre guide nous explique que les fidèles sont très généreux ! L’argent a servi à construire le mausolée, et il est aujourd’hui utilisé pour l’entretenir, mais aussi pour financer des oeuvres caritatives, et des repas gratuits sont distribués aux pauvres de la ville.

Il insiste pour nous offrir des coupons permettant de prendre un repas dans la salle de restauration reservée aux pélerins. Nous comprenons qu’il ne tolèrera pas un refus, et nous avons un peu la dalle donc nous acceptons !

Le repas est sommaire mais bon, la salle de restauration est un vrai gymnase, c’est à peine croyable !

Malgré ses sourires enjôleurs, ses propos pacifiques sur l’Islam et sa gracieuse invitation à déjeuner, nous ressentons derrière cette façade de bienveillance une autorité impressionante chez notre guide. Sur son passage, les femmes réajustent leurs chadors et détournent le regard. Le ton se veut chaleureux, mais le compte n’y est pas, on sent bien qu’il est en pleine opération séduction, mais ça n’aura pas pris avec nous…


Téhéran : le retour !

Après cette visite étrange, nous reprenons la route embouteillée de Téhéran pour respirer un bon grand bol de pollution ! Nous y resterons quelques jours, en profitant pour faire quelques courses et visiter quelques endroits que nous n’avions pas encore eu l’occasion de découvrir ! Parmi lesquels :


La tour Azadi

Achevée en 1972, ce monument n’est pas à proprement parler un trésor architectural, il s’agit de « l’arc de triomphe » local, érigé au milieu d’un immense rond-point. La construction est recouverte de plaques de marbres blanc, dans un style voulu moderne. C’est un incontournable de la capitale iranienne que nous avons trouvé très dispensable…

La tour Azadi

La tour Milad

Nous visitons également la tour Milad, une immense tour de 435 mètres de haut qui surplombe la ville. N’ayant pas vraiment de chance avec la météo ces jours-ci, nous décidons de nous y rendre à la nuit tombée en se disant que ce sera certainement plus impressionnant ! Et en effet, la vue depuis la plateforme circulaire du sommet est saisissante !

La tour Milad vue d’en bas

Déambulations Téhéranaises

Nous passons quelques jours supplémentaires à arpenter les rues agitées de la capitale, nous tentons de rejoindre la station de ski de Tochal, au nord de la ville, mais la météo n’annonce pas vraiment un temps dégagé et même des chutes de neige en quantité. Nous renonçons donc…

On décide de se rabattre sur le musée d’Art comtemporain : fermé pour travaux ! Les déceptions s’enchaînent ! Dans ce cas là, il ne faut pas se laisser abattre ! Nous cherchons et trouvons une pâtisserie à l’européenne dans le but de dévaliser croissants et autres éclairs au chocolat… Oui mais voilà, ici les « pâtisseries » quand elles ouvrent le matin, rien n’est prêt, les étalages sont vides, ils commencent à peine à faire la pâte… Décidemment, l’Iran n’est pas un pays de lêve-tôt ! Nous nous consolons en achetant quelques macarons (de la veille donc) qui seront réduits en bouillie après plus d’une heure de métro…

La lose…

On se remettra de nos déceptions avec une dernière soirée sur le parking de Khomeini, devant le Roi Lion et avec une bonne Chicha !


Rasht, l’occidentale

L’extension de notre visa arrive à échéance, et nous devrons bientôt nous présenter à la frontière Turque au poste frontière de Sero-Esendere, mais il nous reste suffisamment de temps pour faire un très gros détour par la mer Caspienne.

Nous mettons donc le cap sur Rasht, une ville du littoral, un peu en retrait de la mer. L’athmosphère ici y est étrange, il y a un petit quelque chose de différent dans l’attitude et la tenue des gens, ainsi que dans l’architecture des bâtiments. Nous cherchons un moment avant de mettre le doigt dessus : cette ville fait très européenne.

Nous sommes entourés de sommets enneigés qui ne sont pas sans nous rappeler les Alpes, il y a des sapins, les jeunes portent des habits bien plus proches de ce que nous connaissons, la mairie semble venir tout droit de France, et il y a même un carillon qui sonne les heures ! C’est très déstabilisant !

L’hôtel de ville de Rasht, et son carillon
Le style n’est pas très dépaysant !

Aujourd’hui c’est Noël, en tous cas pour ceux qui y croient, ou au moins pour ceux qui vivent dans un pays ayant récupéré le concept d’un point de vue marketing. Ici, ce n’est pas le cas. Pas de décorations lumineuses tapageuses et douteuses, pas de Pères Noël glauques pendus aux fenêtres, pas de sapins abbatus pour pourrir le long des avenues, pas de pic de consumérisme particulier. Un jour comme un autre, loin du tumulte habituel et de la « magie de Noël » de façade.

Nous ferons simplement un petit tour dans le très sympathique marché (oui oui, en plein air, ou presque !) de Rasht, qui nous change décidément un peu plus du reste du pays et de ses sempiternels bazars.

Sur les étals, parmi les têtes de moutons et les fruits, le Poisson est bien sûr omniprésent

Masouleh, le village à étages

Nous quittons Rasht et reprenons la routes à travers les routes « alpines » des contreforts de l’Albourz, en direction du Nord pour rejoindre Masouleh. Nous traversons des forêts de sapins, des vallées fertiles où serpentent de nombreux ruisseaux. Après toute la chaleur et la sécheresse du Sud du pays, L’Iran ne cesse de nous surprendre !

Masouleh est un petit village de quelques centaines d’habitants, niché sur les flancs d’une montagne. Sa particularité est d’être disposé « en terrasse » : c’est à dire que les maisons sont collées les unes aux autres par rangées, et que les toits d’une rangée de maisons forment la rue et les cours de la rangée du dessus. Aussi, quand vous vous baladez dans le village, vous marchez forcément sur le toit de la maison de quelqu’un ! Du fait de cette particularité, et de l’étroitesse des ruelles, le village est interdit à tous les véhicules à moteur.

C’est théoriquement un endroit touristique, mais en ce 25 décembre froid et gris, nous ne croiserons absolument aucun touriste et pourrons profiter du charme et de l’authenticité du village pour nous tous seuls !

Village perdu, loin de tout, interdits aux motos et voitures, abandonné par les touristes et les vendeurs de souvenirs est si reposant, que nous décidons d’y passer 2 jours, en y louant un adorable petit appartement dans une maison typique, avec une belle vue sur le village.

Les ruelles de Masouleh




La mer Caspienne

Notre route nous mène toujours plus au Nord, les paysages changent encore, le toit des maisons est désormais très « asiatique », avec des pentes raides et des rebords qui remontent sur les angles: il ne manque que des dragons… Les champs sont désormais des rizières, et le thé est massivement cultivé dans la région.

Des théiers !

Puis enfin nous approchons de la côte de la Mer Capienne ! Nous n’avions pas encore fait connaissance avec celle-ci ! Après l’Adriatique, la mer Egée, la mer Noire, et la mer d’Arabie, nous ne pouvions pas manquer l’opportunité de la saluer !


Ardabil

Notre prochaine étape sera Ardabil, une ville de 650.000 habitants, en majeure partie Azéris, de part la proximité de la frontière avec l’Azerbaïdjan. Ici aussi, changement de décor : c’est industriel, sale, à l’abandon… Nous étions habitués à mieux ! Aussi allons nous faire le plein d’esthétisme et de raffinement au Mausolée du cheikh Safi ad-Dîn.

L’entrée du complexe renfermant le Mausolée

M

Tabriz et Orumieh, ça sent la fin…

La météo s’annonce catastrophique : grand froid, puis importantes chutes de neige… Nous ne voulons pas prendre le risque de nous retrouver bloqués par la neige alors que notre visa expire dans 3 jours… Nous mettons donc le cap sur Tabriz, pour une petite halte d’une nuit, et visiter à nouveau l’immense et attachant bazar. Nous y achèterons tout un tas de souvenirs pour nos amis et nos familles, allant du safran aux dattes, en passant par du thé, des biscuits, des magnets et autres babioles locales !

Puis nous reprenons la route, mais nous n’avons pas devancé la neige, elle est tombée dans la nuit, mais heureusement en faible quantité !

Nous traversons des étendues glacées, avant d’arriver au lac d’Orumieh, ou plutôt à l’ancien lac d’Orumieh. En effet, ses eaux ont été déviées, pompées et utilisées jusqu’à ce qu’il ne représente plus que 10% de sa surface d’autrefois. Nous roulons donc sur une route qui traverse un ancien lac asséché, c’est un spectacle désolant, un désastre écologique !

Le lac d’Orumieh

Il nous reste quelques Rials à dépenser, car les changer ne serait absolument pas rentable, donc nous optons pour un passage au bazar (encore) histoire d’acheter de la nourriture pour nos prochains jours en Turquie.

Un casseur de sucre !

 

C’est la fin…

Nous ne sommes plus qu’à 50 kms de la frontière Turque (et 70 de la frontière Irakienne…) Et nous avons 2 jours « d’avance » sur l’expiration de l’extension de notre visa, ça devrait aller…

Un imposant massif montagneux se dresse à l’ouest, entre nous et la Turquie, nous sommes le 31 Décembre. Pas de festivités prévues ce soir, et pour cause : l’Iran a son propre calendrier (solaire), et si nous sommes le 31 Décembre 2018 dans le reste du monde, ici nous sommes le 10ème Jour du 10ème mois de l’année 1397.

Donc demain, point de nouvelle année !

En revanche, demain matin à 8h30, nous serons au poste frontière de Sero-Esendere, sans nous douter de ce qui nous y attend…

Catégories :Iran, Nord-Ouest

1 commentaire

  1. Oh surprise d’u nouveau petit billet et ..avec de la ..neige! Comme quoi j’apprends car je ne pensais pas q’i put y avoir de a neige en Iran…
    Lol le rideau de douche c’est top! Imperméable?!

    J’aime beaucoup le petit village à étages..Les deux photos rondes sont très jolies…Et le Mausolée aussi très beau…
    Les Théiers waouh c’est très beau et là encore je n’imaginais pas cela là bas…

    Bref encore un très bel épisode avec des photos très belles,un texte instructif et toujours une petite pointe d’humour!

    Merci et peut être en est il d’autres qui vont suivre??????

    J'aime

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